UTB je l’ai fait!

Planification coup de cœur en début d’année pour l’Ultra Tour du Beaufortain. Après le MIUT en Avril, le 23 juillet est  donc coché sur le calendrier. Une excellente réputation, un tracé alléchant de 105km / 6400D+, des panoramas splendides sur le Mont Blanc, des lieux mythiques comme la Pierra Menta, le Cormet de Roseland suffisent à me convaincre. Un retour à plus d’authenticité n’est pas non plus sans me déplaire avec un nombre de participants limités à 500.

Me voilà donc à Quiege, petit village à la porte d’entrée du Beaufortain. Je plante ma tente MSR au camping municipal situé à côté du plan d’eau, camp de base de cet UTB, idéal. L’accueil est excellent et en plus le lendemain le Tour de France passe dans le village, belle façon de tuer le temps avant d’aller au briefing. Les organisateurs misent sur un 60% d’arrivants jamais obtenu et annonce une météo avec des risques d’orages localisés mais pas plus d’inquiétude que ça.

Le repas d’avant course est pris à l’unique café-restaurant du village, convivialité assurée. Je rêve de passer cette belle arche d’arrivée, réalisée en bois d’épicéa par les bénévoles. La nuit a été courte, le départ est donné à 4h00. Le grand chapiteau accueille les coureurs, la dégustation d’une délicieuse confiture maison à la myrtille donne déjà le ton des prochains ravitos, au top. Du coup, j’en oublie presque de me placer dans le sas de départ, je pars clairement en queue de peloton.

1500D+ d’entrée sur des chemins de muletiers, il fait déjà jour quand je pointe à Roche Pourrie. Je suis parti tranquillement comme d’habitude. J’arrive au Col des Lacs 13km en 3h07 et la vue commence à être bien aérienne avec Albertville en fond de vallée, maintenant la montagne s’offre à moi. Je perds Pascal de vue un Angevin rencontré la vieille je ne le reverrai plus. Les singles permettent enfin de courir un peu, j’en profite, le plaisir est bien là. Premier ravito au Refuge des Arolles (km17 – 3h54 – 1900D+ / 291ème), je suis dans la seconde moitié de classement, pas de panique le chemin est encore long. Une petite remontée à la Tête de Cuvy avant la première vraie descente vers le lac de Saint Guérin et sa fameuse passerelle. Quelques supporters sont là au pied de la montée vers le Cormet d’Arêches. Je commence à ressentir un peu de fatigue mais les sensations sont bonnes à l’arrivée au 2ème ravito (km33 – 6h46 – 2845D+ / 290ème).

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Désormais on passe en soi-disant en « haute montagne », du minéral et des panoramas de plus en plus majestueux. Je la cherche, elle joue à cache-cache avec les nuages, la Pierra Menta est bien là et c’est en plongeant sur le lac Amour que l’éperon rocheux se dresse enfin devant moi. Pour ça, il faut passer Le Col à Tutu 2574m, drôle de nom ! Quelques minutes s’imposent pour admirer la vue offerte et récupérer un peu. 2km de sentiers mènent au Refuge de Presset, peut être le plus beau spot, quelques photos s’imposent. Le refuge de Presset (km40 – 9h13 – 3555D+ / 308ème) offre une vue imprenable sur la Pierra Menta à 2514m d’altitude dans un site isolé au bord du son lac et dominé par l’Aiguille de la Nova et la Pointe Presset. Je ne me pose pas véritablement car un peu en retard quand même, le ravito est express mais je n’oublie pas de refaire le plein de boisson gazeuse / menthe qui remplace progressivement ma boisson énergétique.

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La Pierra Menta

Il faut maintenant passer le Col de Grand Fond point culminant à 2671m. La chute, une semaine avant sur un névé dans Belledonne m’insiste à plus de prudence. Le sentier taillé par les bénévoles quelques jours plus tôt (bravo à eux) ne peut plus être emprunté, trop dangereux. Il faut donc redescendre sur un névé moins exposé mais très glissant, je finis sur les fesses. La remontée est tout aussi périlleuse, le pas est prudent. Le point culminant est atteint, la grisaille monte sur l’autre versant et la descente dans un éboulis est plutôt très raide avec des lacets hyper resserrés, je surveille la moindre chute de pierres ! Dernier névé, encore une glissade avant d’amorcer une descente plus tranquille vers la base de vie du Plan de la Lai.

 

Grosse désillusion, c’est un déluge qui me tombe dessus. Je suis pris dans un orage, grêle, vent, éclairs. Courir ou attendre, je suis un peu paniqué, rejoindre le ravito ou stoppé sous le déluge. Des gros coups de tonnerre s’abattent autour de nous, tout mon petit groupe se mets à terre accroupi, mais personne n’a envie de rester là. Je descends complément détrempé à vive allure du coup, quand tout à coup à ma grande surprise, j’aperçois ma petite famille à l’abri dans une petite auberge sur le bord de la piste. Venus à ma rencontre, ils se sont fait aussi prendre par l’orage. Pas le temps de montrer son inquiétude, on échange quelques mots et je fonce à la base de vie à 5 min. C’est l’hécatombe, beaucoup abandonnent ici, pris par le froid et la fatigue. Je me change intégralement sous une tente bondée et enfile ma tenue hiver, la pluie redouble d’intensité sous les coups de tonnerre. Le fait que ma petite famille soit là me permet certainement de ne pas jeter « l’éponge » ! Pas évident de repartir sous cette météo, l’orage semble avoir changé de versants, enfin une accalmie.

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J’amorce l’ascension vers le tunnel du Roc au Vent dans la grisaille, plus de visibilité, et les éclairs semblent tournoyer autour. L’émerveillement a cédé place, une autre course commence désormais au mental. A la sortie du tunnel l’autre versant est exposé aux rafales de vent, j’enfile les gants ! Plus beaucoup de monde maintenant sur le sentier, on avance tête bèche. Les bénévoles eux aussi font face à de terribles conditions, admiratif. J’apprends plus loin que la partie des Crêtes des Gîte est trop exposée, la course a été neutralisée ici 30min avant mon arrivée. Donc je ne retournerai pas sur les traces de l’UTMB et le col du Croix Bonhomme. Me voilà détourné sur un sentier descendant, les torrents sont bien gonflés. Hameau de La Gittaz (km64 – 15h38 – 4869+ / 231ème), hagard et épuisé, j’ai l’impression d’avoir laissé toutes mes forces sur cette descente avec l’idée d’abandonner ici ! Il me faudra de longues minutes d’indécision, continuer dans le froid et l’humidité ou prendre une bonne douche chaude et se glisser le duvet? J’ai encore une tenue sèche dans mon sac ! Repartir sec suffit à me faire changer d’avis pour attaquer le Col de la Gittaz  800D+, le gros du dénivelé est maintenant derrière, une lueur d’espoir ? La montée est terrible,  je m’allonge quelques minutes sur le bord du chemin. Pas l’endroit rêvé mais ça fait du bien de fermer les yeux.

La pluie a cessé et petit à petit je reprends des forces, la magie de l’ultra. Les dernières lueurs du jour offrent de belles couleurs au ciel et dévoile le Mont Blanc. La nuit vient juste de tomber lorsque j’arrive aux Contamines, au Col du Joly (km82 / 5635D+ / 18H58 – 203ème). L’inquiétude désormais comme à chaque fois (énervant) vient de mes pieds, vraiment un point faible. Une bénévole me soigne avec une solution apaisante dont je me souviens plus du nom, dommage. Le ravito est du coup vite expédié, de plus qu’il ne fait guère chaud sous la tente, on me donne une couverture. Une autre course commence maintenant, les chemins sont détrempés, boueux et glissants. J’avance au mental, difficile de courir et les kilomètres sont interminables. Je me projette uniquement sur la barrière horaire suivante, Aux Saisies (km91 / 6081D+ / 23H06 – 162ème). 17km en 3h45 ça donne une idée de mon allure d’escargot pour arriver à ce dernier ravito.

Un soulagement, il reste 15km et une dernière difficulté le Mont Bisanne 400D+ avant les 1300D- de descente. Et pour compliquer les choses, je tombe en panne de frontale dans la montée, grosse inquiétude si près du but. Mon salut viendra de Guy un « chti » super sympa au palmarès déjà bien gonflé qui décide de me prêter sa deuxième frontale. On finira ensemble tranquillement en mode marche et en échangeant sur nos différentes expériences.  L’arche est bien là, pas grand monde au petit matin mais quelle joie de finir ce trail magnifique. 163ème en plus de 26h, aucune importance. Seulement 192 finishers, les orages ont eu raison de beaucoup de coureurs. La chance a souri, pas d’accident dramatique, une chance ! Mon équipement vestimentaire aura été plus que salvateur. Le lendemain, un grand repas de clôture, cérémonie de remise de prix avec une belle convivialité.

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Photo des finishers !

 

La découverte aura donc été totale, des bénévoles au top et très nombreux en montagne (jamais vu autant) et une organisation bien rodée. Je reviendrais certainement découvrir le Beaufortain sous le soleil ! Bravo à tous…

Vidéo souvenir