MIUT un ultra trail en 4D

Voilà déjà 2 ans que je rêvais de participer à cet ultra trail sur l’île de Madère. Une traversée de 115km avec 7000 mètres de dénivelé positif autant en négatif. Une belle aventure sur l’archipel portugais au large du Maroc, jardin de l’océan atlantique paradis du trekking, surnommé la petite diagonale en référence à  la Diagonale des Fous de la Réunion.

Laurence est de la partie, elle participera à la distance marathon 43kms, profil descendant de 1800 M d’altitude à la mer avec  1100 m de dénivelé positif, fin de parcours de mon tracé. Nous arrivons sur l’île le lundi soir à Funchal à deux pas du front de mer, dans un appartement immense pour deux (upgrade de dernière minute) avec une vue imprenable sur l’océan !

Le départ du MIUT115 est le vendredi à minuit, ce qui nous laisse un peu de temps pour découvrir une partie de la côte occidentale de l’île : Sao Vicente, Seixal, Porto Moniz, Ponta do Pargo, Jardim Do Mar, Ribeira Brava. Malheureusement notre montée au Pico Arieiro le mercredi est un échec puisque nous sommes la tête dans les nuages. Il faut redescendre pour trouver un ciel dégagé et une belle balade le long d’une levada à partir du col de Portela, lieu de passage du MIUT. Le petit footing du soir même dans Funchal nous permettra de découvrir le front de mer de la ville.

Nous sommes déjà jeudi et nous essuyons une tempête subtropicale ce qui anéantie toutes nos chances de mettre le nez dehors. Je me demande si le trail va avoir tellement il pleut ! Nous en profitons pour retirer nos dossards au Forum de Machico (une partie des installations ont été détruites par des vents violents en début de semaine) et assister à la conférence sur l’Ultra Trail animée par Christophe Le Saux et Antoine Guillon deux traileurs hors normes qui forcent l’admiration. Le débriefing d’avant course me plonge désormais dans cet ultra qui s’annonce épique, je suis prévenu !

Vendredi jour J, Laurence m’emmène à Machico où des bus nous attendent pour un transfert à l’autre bout de l’île, Porto Moniz. Une heure plus tard nous voilà débarqué telle une armée sur la place du village en bord de mer. L’unique terrasse de café est prise d’assaut, des touristes assis à côté de moi me demande ce qu’on va faire ! J’essaye de leur expliquer mais je vois bien dans leurs yeux grands ouverts qu’ils n’osent y croire ! Des danses folkloriques animent la ligne de départ dans ambiance  décontractée. J’échange quelques mots avec Sangé Sherpa et Luca Papi de la Team Waa, et les athlètes sont tous là prêts à en découdre.

 

H-30min, il est temps de rentrer dans le sas de départ Hoka One One SpeedGoat aux pieds, premier bip du dossard 518. L’évènement fait sa rentrée dans l’Ultra-Trail World Tour. Le plateau est donc cosmopolite avec beaucoup de nations représentées. Ambiance de folie sur la ligne de départ en musique,  j’adore ces moments. Et me voilà parti à l’assaut de ce MIUT115, à peine le temps de courir que la première bosse se dresse, elle zigzague à travers les petites routes et escaliers de ce charmant village. 400m de dénivelé positif en guise d’échauffement le ton est donné, la pente est bien raide personne ne court ! Ça chauffe, je quitte rapidement ma veste malgré la fine pluie. La descente suivante est glissante et se fait à travers des potagers, je reste prudent. Changement de vallée, de nombreux spectateurs nous encouragent « Forza – Forza », je me lance galvanisé dans la première ascension majeure avec 1000m à gravir jusqu’à Fanal. Derrière moi, un long serpentin de lampes frontales  illumine la montagne, je ne suis pas le dernier c’est certain ! J’entre dans cette forêt humide aux senteurs incroyables, la Laurisylve où les lauriers peuvent atteindre 40m de haut ! Je longe une des nombreuses levada de l’île (canaux d’irrigation), le faisceau de ma frontale perce difficilement la brume, mieux vaut bien regarder où l’on met les pieds sur ces marches en rondins de bois. J’arrive à Fanal 13km en 2h34 pour 1500m de dénivelé positif avalé, je suis complétement détaché du chrono. Ma concentration est au maximum car les deux premières descentes sont annoncées difficiles. Prudent dans cette première descente technique, j’arrive à Chao de Ribeira en 4h01 déjà ! J’attaque la deuxième ascension direction le plateau d’altitude de l’île, vers Estanquinhos. Je trouve les pentes bien raides, je n’ai aucune idée de mon positionnement dans la course et petit à petit je quitte la forêt humide à la végétation dense pour me hisser sur le plateau. Le ciel est étoilé, je vais pouvoir profiter des paysages, superbes. Il ne fait pas très chaud, j’arrive au ravito d’Estanquihos à 6h47, D+ 2850m. Je prends mon temps, déguste une bonne soupe et savoure le délicieux pain d’épice avant de réaliser, je n’ai que seulement 30 min d’avance sur la première barrière horaire. Déjà quelques abandons, je prends un coup au moral et cela ne m’empêche pas de m’exalter devant le panorama qui s’offre à moi, un magnifique crépuscule au-dessus de la mer de nuages.

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Crépuscule après Estanquinhos

 

Ces 30 premiers kilomètres annoncent la couleur, je suis un peu inquiet à cause des barrières horaires mais pas de douleurs juste un peu de fatigue. La descente très technique nous fait perdre 1000m, les senteurs d’eucalyptus et les arômes des terres sont puissants. Je reste hyper concentré, l’allure n’est pas rapide mais la course est encore longue. J’arrive à Rosario « entier » à 8h28 un endroit bien paisible, je me ravitaillerai plus tard je suis 443ème, clairement en queue de peloton je suis souvent seul. La montée à Encumeada se passe relativement bien, les arbustes sont en fleurs. La chaleur est bien pesante, je me pose 20 bonnes minutes au ravito, 9h53 de course, 413ème !

Les montagnes nous entourent, il faut se hisser jusqu’aux crêtes, des marches énormes et interminables suivent une conduite forcée. J’ai l’impression de monter une échelle tellement la pente est verticale. Enfin un sentier en balcon, ça fait du bien de courir un peu, la vallée en contrebas est splendide. J’aperçois au loin le col caressé par les nuages de l’autre versant. J’ai très chaud et n’ai pris la crème solaire, erreur, je commence à cuire. Passé le col, je dévale 800m de dénivelé sur un sentier technique et reprends les premiers concurrents du MIUT85. Il me faut vite mentaliser le gros ravito de la base de vie de Crural des Freiras à mi-course pour ne pas trop perdre de temps. 13h31 de course 400ème la barrière horaire est à 15h00. Je m’accorde 45min, douche, soins des pieds et change intégral, j’avale mon plat perso semoule-foie de morue, refait le plein du sac et repars pour une nouvelle course le but est d’attraper la barrière de 21h00 au Pico de Arieiro, j’y crois encore. La montée qui suit est terrible, je m’arrête 2 ou 3 fois pour reprendre mes esprits, patate douce (premier test sur ultra concluant), barre d’amande, je manque d’énergie mais surtout j’arrive plus à boire mes boissons, trop sucrées ! A ce moment, je ne donne pas cher de mes ambitions. Les montagnes deviennent de plus en plus aériennes et les sentiers sont taillés dans la montagne, impressionnant. La Casa do Pico Ruivo en contre bas du point culminant de l’île 1862m est salutaire. 17h45, je ne traine pas, ça sent les abandons autour de moi. Les 5km qui suivent sont hallucinants, des marches, des échelles métalliques, des tunnels, des sentiers en balcons, le vide de chaque côté. Je me sens comme suspendu à la montagne, ce parcours est vraiment superbe. Au loin le dôme du Pico de Arieiro se dresse, on l’avait vu le mercredi dans les nuages, ce passage en crêtes offre un panorama grandiose. Je commence à y croire de nouveau. Après un dernier bon ravito, je sais que je me lance pour une seconde nuit, et toujours pas encore le moindre sommeil autorisé. Prochain ravito Ribeiro Frio profil descendant sur 1000m, la nuit commence à tomber. J’ai déjà changé ma batterie de Nao la nuit précédente suite une erreur de réglage, ça va être compliqué de tenir la nuit mais j’ai une autre lampe.

Je peux enfin courir dans la descente, je reprends quelques coureurs dans les singles track de la forêt. Ribeiro Frio, déjà 21h41 de course, 321ème. Je refais le plein mais j’ai laissé beaucoup de forces dans la descente et il me reste la dernière bosse du parcours Poiso 500m de dénivelé positif à passer. La descente suivante est très longue, rattrapé par le sommeil je n’arrive plus à courir, notamment à cause des ampoules. Je zigzague une manque évident de lucidité, heureusement à cet endroit la piste est large. Je préfère m’allonger pour reprendre mes esprits. 2min plus tard, je repars et comme par miracle je reconnais les sentiers découverts le mercredi, Portela est à côté. J’ai une heure et quart d’avance sur la barrière horaire, ce n’est pas énorme mais à cette allure je peux aller au bout. Motivé pour attraper la dernière barrière horaire de 4h30 à Larano, je m’enfonce sur un chemin large, éclairé par les phares d’une patrouille de police pile poil où ma seconde batterie rend l’âme. Je vais finir avec ma minuscule lampe de secours et je prie pour que les piles tiennent jusqu’au bout. J’entends la mer dans la descente bien raide, le ravito est en bas. Les bénévoles sont chaleureux, s’il fallait élire un ravito je voterais pour celui-ci. Je me fais soigner les pieds et on me donne gracieusement des piles pour finir serein ma longue « balade ». Reste 11 km, un gruppetto s’est formé, je m’accroche. Le sentier en balcon est suspendu à la falaise, la mer à 500m plus bas, mieux vaut ne pas sortir du sentier. Il faudra revenir pour la vue, le sentier quitte la côte, petit à petit une ville apparait, Machico. Je ne peux plus échouer, je longe une levada sur les derniers kilomètres, la ville est en contre bas. J’envoie un SMS à Lolo au dernier check point, il me reste 5km. L’arrivée est sur le front mer, j’attends la délivrance de la dernière descente pour franchir la ligne d’arrivée. Quelle joie immense, tous les moments difficiles sont chassés d’un seul coup, je suis finisher en 29h19 et fini 317ème sur 379 arrivants / 580 participants. A cette heure avancée de la nuit peu de public mais Laurence est là et ça fait du bien. Merci à elle !

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Heureux de finir!

Des moments inoubliables, fait de doutes et d’euphories, que seul le trail peut procurer. Cet ultra à Madère est à faire pour les amoureux de la nature et de la montagne.

Vidéo souvenir: https://www.youtube.com/watch?v=d1z70Nqwkmc&feature=youtu.be

 

 

2 commentaires sur « MIUT un ultra trail en 4D »

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